Esprit frappeur
Caroline se jeta à terre, de toute évidence il ne comptait pas se laisser faire aussi facilement. Un couteau s'envola dans sa direction, pointe hérissée, prête à l'embrocher ! Elle roula sur le sol l'esquivant de justesse, se releva et se dirigea vers la table qu'elle allongea en guise de bouclier.
- Saleté de poltergeist ! Quand je pense que j'ai hésité à emmener ma péridot ! grommela-t-elle
En effet, sa péridot (une pierre lui permettant d'augmenter ses pouvoirs) lui aurait permis de se protéger sans problème face à cet esprit. Cependant, elle n'avait pas jugé utile de l'emmener...
Planqué derrière sa protection de fortune elle sortit de son sac à dos une pomme et une bouteille d'eau. Elle extirpa également le sel qu'elle avait pris soin de faire bénir, la veille, par les anges.
- Bon, protection... ok ! fit-elle en déposant la pomme et la bouteille sur le sol.
Un bruit assourdissant frappa la table à plusieurs reprises, l'esprit l'attaquait à présent avec des casseroles.
- Raaaaah j'en reviens pas ! Il a vraiment décidé de me faire chier celui-là aujourd'hui !
Elle versa une poignée de sel dans sa main et concentra son regard sur le petit tas blanchâtre.
Le sel s'illumina d'une lueur blanchâtre intense. Caroline se leva alors et contourna la table à toute vitesse. Employant son don de perception elle repéra l'esprit et jeta le sel dans sa direction. Celui-ci s'accrocha sur sa victime.
Le poltergeist prit alors une forme physique et apparut dans une lueur grisâtre. Le sel restait fixé à lui entravant toutes ses actions. Ceci l'obligea à se retirer pour une courte durée. Il traversa le mur de la cuisine et disparut.
- Il me reste peu de temps ! s'exclama-t-elle
Elle épousseta le sel qui était resté collé dans ses mains et saisit la bouteille d'eau et la pomme qu'elle avait laissé sur le sol.
Courant en direction de la cave, elle se plaça en son centre, s'assit en tailleur et posa la pomme face à elle. Les yeux clos, elle prononça à haute et intelligible voix :
Elle répéta à plusieurs reprises cette même phrase. Ses cheveux se soulevèrent doucement, preuve de présence de la magie.
L'air s'épaissit autour d'elle, de toute évidence le poltergeist revenait à la charge. Le sel n'avait servi que d'attaque primaire afin qu'elle puisse poser sa protection et exécuter son plan.
Le silence s'installa spontanément... l'esprit était là, il guettait près à attaquer. Caroline sentit sa présence mais ne perdit pas sa concentration. Il était nécessaire qu'elle garde son calme pour réussir ce qu'elle avait prévu de faire pour renvoyer l'esprit dans le monde des entités.
Un frottement se fit entendre, de plus en plus fort. Au fond de la cave se dessina une silhouette, caché dans l'ombre il était impossible de deviner de quoi il s'agissait. Elle s'éleva dans les airs et s'abattit sur Caroline à pleine vitesse.
A présent, on pouvait discerner ses pointes... il s'agissait d'une fourche que le propriétaire des lieux avait conservé.
Caroline ne se laissa pas déstabilisé et en un geste souple et rapide elle se leva et projeta de l'eau tout autour d'elle. Le liquide resta en suspension et l'encercla d'une protection translucide.
La fourche percuta de plein fouet la muraille mais celle-ci ne vacilla pas.
Un éclair bleuté jaillit de sa main et foudroya violement l'esprit. Pris d'une soudaine colère il se jeta sur la sorcière afin de détruire sa barrière. Caroline anticipa cette action et ouvrit deux brèches dans son champ de force. L'esprit, saisissant l'occasion de se venger, pénétra à l'intérieur de celui-ci pour l'attaquer.
Cependant, elle bondit hors du champ de force par la deuxième ouverture et referma le tout à l'aide de la dernière phrase de l'invocation génératrice de bouclier.
Le poltergeist tournait à présent à l'intérieur, il était emprisonné ne pouvant plus sortir.
- Eh oui mon grand... rien ne peut entrer dans un champ de force mais rien ne peut également en sortir ! le nargua-t-elle
Il tournait autour de la pomme, toujours posée sur le sol, cherchant une échappatoire.
Caroline s'assit sur une pile de sac de terreau. Elle pouvait, à présent, respirer un peu.
- Boudu... j'en peux plus ! s'exclama-t-elle, à l'adresse de l'esprit. Tu m'en auras donné du fils à retordre !
Regardant l'heure sur son téléphone portable elle comprit qu'il était temps pour elle de rentrer.
- Bon, les filles m'attendent à la maison... je te renvois chez toi et je quitte les lieux ! J'ai bien besoin d'un peu de repos ! fit-elle, en baillant et en s'étirant soulagée.
L'esprit s'arrêta à présent, comprenant ses intentions. Il la fixa avec rage, il s'agissait d'une silhouette donc les yeux étaient inexistant, néanmoins Caroline ressentait la froideur de son corps désincarné et la rage qui l'habitait.
- Alors... pentacle... marmonna-t-elle
Elle dessina sur le sol, à l'aide d'une craie, un pentacle de 50 cm de diamètre et plaça un ramequin d'eau, une feuille de chêne, une bougie et un bâton d'encens sur l'emplacement de chaque élément. Prenant bien soin de les placer dans le sens inverse des aiguilles d'une montre symbolisant ainsi la destruction de l'esprit dans notre monde physique.
- Voilà ! Tiens... ce soir tu vas pouvoir faire dodo avec les anges ! ironisa-t-elle, à l'adresse du poltergeist
Debout face au pentacle, la pointe de l'étoile pointant en direction de l'esprit elle concentra son énergie afin d'ouvrir une brèche pour permettre à l'esprit de rejoindre la ''lumière''.
*...Par la force de la terre que cet ouverture soit maintenue.... *
*...Par la puissance du feu que toute adversité soit châtiée....*
*...Par la douceur de l'air que son c½ur ne ressente plus la peur...*
Les quatre branches s'illuminèrent tour à tour, témoignant de la présence des éléments.
Tout en restant concentrée, Caroline ouvrit les yeux et fixa l'esprit, elle s'adressa alors à lui avec compassion, sous forme d'incantation.
*Toute ta vie n'a été que larme mais aujourd'hui tu peux baisser les armes*
L'esprit retrouva soudain son calme, il se rendit enfin compte qu'elle ne lui voulait pas de mal mais qu'elle souhaitait seulement l'aider.
Au-delà même des mots elle comprit la peur qui l'habitait depuis le jour de sa mort. Durant toute son enfance il n'avait été victime que de maltraitance, à l'époque de son existence physique le dialogue n'existait pas, les enfants n'avaient pas le droit à la parole et les tabous étaient nombreux. Pour cette raison il n'avait jamais connu une existence paisible et heureuse. Pendant son adolescence, et sous les traumatismes de son enfance, il n'avait eu de cesse de faire preuve de violence envers ses congénères et un jour il tua accidentellement l'un d'entre eux.
Portant, depuis cet accident, en lui les larmes de cette tragédie il avait renié toute croyance divine et s'était réfugié dans des pensées athées. Seulement, le jour de sa mort, la peur du néant l'avait saisi, la simple idée de s'imaginer disparaître à jamais l'avait effrayé. De plus, et refusant de croire en un monde ''divin'', il s'était renfermé dans sa peine et avait refusé de suivre la lumière de son salue... ne s'en jugeant peut être pas digne.
Caroline l'observa, le dialogue fut alors rompu, une larme glissa sur sa joue et elle comprit le mal qui le rongeait depuis le temps qu'il hantait ses lieux.
*N'ais plus peur... ait confiance... laisse-toi guider et tu seras libre de toute violence*
A ces mots, l'esprit ressentis pour la première fois un immense soulagement. Il fixa la sorcière, qui le sentie apaisé, et commença à disparaître. Son corps immatériel se dissipa dans l'air et ne fit plus qu'un avec cet élément.
Le champ de force disparut soudainement et les branches du pentacle s'éteignirent. Un courant d'air balaya le sol de la cave et effaça le pentacle dessiné à la craie.
Caroline ne ressentait plus de présence dans la maison... l'esprit avait enfin rejoint la lumière.
Elle ramassa la pomme et la bouteille vide qu'elle rangea dans son sac à dos.
Composant le numéro du propriétaire de la maison elle attendit qu'il décroche :
- Oui allô ?
- Oui, bonjour, c'est Caroline. L'esprit a quitté les lieux, vous pouvez rentrer chez vous et vous reposer paisiblement maintenant.
- Je vous remercie de tout c½ur, si vous saviez le service que vous nous avez rendu ! Ma femme ne dormait plus et ma fille était terrorisée à l'idée de descendre dans la cave... oh vraiment merci, merci infiniment ! s'exclama-t-il
Caroline écoutait, le sourire aux lèvres, heureuse d'avoir pu aider et rendre service.
- Je vous en prie, je suis heureuse que vous puissiez retrouver une vie paisible. Mais je dois vous laisser maintenant, je rentre chez moi !
- Bien sûr ! Je vous souhaite une bonne soirée !
- Merci, de même.
- Au revoir.
- Au revoir.
Elle quitta les lieux, prenant soin de fermer la porte et déposa un peu de sel dans son angle.
- Une brèche fraichement ouverte peu attirer d'autres esprits... pensa-t-elle
Enfin, elle se dirigea vers sa voiture afin de regagner son appartement et retrouver ses amies.
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